le record de France de l'an 2000 du silure

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Daniel
LAURENT

recordman de France
de l'an 2000
pour son silure de
2,26 mètres
pour 85 kilos
.

Le cas de conscience d'une prise exceptionnelle
L'approche de la pêche du silure aux vers canadiens, n'est pas à proprement parler une pratique à m'apporter quelques satisfactions techniques.
Trop rustique comme procédé.
Certainement très pêchante, puisque les résultats obtenus et les records enregistrés sont là pour témoigner de son efficacité.
Mais le pêcheur à la mouche que je suis également, ne retrouve pas la grâce et l'harmonie de la gestuelle.
Je ne ressens pas non plus l'incertidude de la pêche au mort manié, l'approche discrète de la traque du poisson et l'émotion de la lutte incertaine.
En cette année 2000, un changement de tactiques et de méthodes me semble donc utile

Faut-il supposé que les silures ont de la mémoire ?
Les plus gros ont été tellement sollicités sur ces parcours, qu'ils me donnent le sentiment de savoir différencier le vrai du faux !
Olivier COUDERC, pêche le silure en Seine et il est en vacances dans la région. Nous décidons de faire ensemble une session vers St Gilles. Matériel léger, évidemment performant, mais surtout peu encombrant. Olivier tentera sa chance au mort manié sur une ARMALITE de 9 pieds, réalisée par Christophe Lacaze, une tresse Fayer Line en 25/100 équipera le moulinet Daïwa BG 30. Quand à moi j'affectionne plus particulièrement la traque au streamer. J'utilise donc une canne Silurus de Kevin Maddoks, la Tresse Nacrilan en 36 livres remplie le même moulinet que celui d'Olivier. Le pignon surdimensionné nous semble parfaitement adapté à nos tactiques de pêche.
Au lever du jour nous sommes sur une première fosse de 14 mètres. Nous peignons de long en large le poste… sans obtenir de résultat.
Le parachute ralentissant correctement nos passes, (après deux autres passages en dérive), nous estimons que nous sommes dans le bon secteur, même si la pêche reste infructueuse...
Soudain départ pour Olivier : un petit sandre qui retournera à l'eau..
Nous recherchons d'autres postes, plus en amont, mais le vent nous est cette fois-ci défavorable. Nouveau départ pour Olivier qui fait un autre sandre : 72 cm pour 3.300 kilos.
Notre dîner est acquis après une courte lutte.
Le vent se lève peu à peu, et malgré le parachute nous dérivons trop vite. Notre ratissage n'est plus aussi efficace.
Nous décidons de redescendre vers l'écluse de St Gilles, après le virage nous serons abrités du vent.
Mon streamer me semble bien attractif.
Je le fais évoluer à 30 - 50 cm du fond en douces et brèves tirées. Trois tractées rapides, une autre plus ample et plus longue… toujours rien !
Une fois encore c'est Olivier qui subit une attaque.
Cette fois-ci c'est bien un silure. Il se bat bien, mais Olivier est tranquille comme Baptiste et il connaît la chanson.
Tractions, relâchements, pompages, décompressions… tout l'inventaire y passe, la canne se plie dangereusement mais elle ne rompt pas. Le poisson monte en surface… Moments d'intenses émotions que cette première apparition.
L'animal fait plus du mètre cinquante, c'est certain. Au bout de 5 minutes de lutte, le silure rend définitivement les armes.
Olivier le cueille à la main et le mène au lasso.
Une petite plage nous accueille pour les mensurations :
 
1,75 mètre pour 36 kilos.


Pour notre dîner, un joli sandre de 72 cm pour 3.300 kilos.

Puisque le mort manié est plus prolifique... il est inutile de s'entêter !
J'abandonne mon streamer à l'encornet et j'équipe un gardon de 12 cm d'une monture traditionnelle avec une chevrotine de 18 grammes.
Ce qui l'est moins, ce sont les hameçons VMC 9000 BK numéro 4. J'ai décidé de pêcher simple mais surtout discret.
Le silure n'a pas une vue extraordinaire, bien au contraire, mais c'est surtout la ductilité du montage qui m'intéresse.
Immédiatement je touche correctement le fond, entre douze et quatorze mètres.
Lorsque je sens ma chevrotine heurter sourdement la vase, j'opère quelques légers relevés, suivis d'une dérobade rapide en diagonale.
Je reviens sur la zone de fuite et j'anime par d'infimes contacts avec le fond. Je fais quelques arrêts, suivis de loopings et de demi-tours.

Un posé plus appuyé qui ne revient pas …
c 'est la touche typique d'un gros silure

Rien ne bouge après le ferrage immédiat, ample et souple à la fois ;

Ne pas affoler l'animal qui ne sait pas encore vraiment ce qui se passe.

Olivier remonte sa canne et ôte tout ce qui pourrait enrayer la lutte prochaine.
Un coup de tête... le poisson vient de comprendre qu'il se passait quelque chose d'anormal.

Incroyable, malgré le courant nous ne bougeons plus !
Il nous a ancré.


Après la séance de photos obligatoires,
nous rendrons sa liberté au poisson
.

Ne pas l'affoler, surtout ne pas l'affoler, la tresse en 36 livres ne résisterait pas. Le frein du moulinet chante un peu, alors du pouce je modère doucement l'ardeur du poisson et lentement je reprends un peu de longueur.
Il vient bien et lentement il remonte du fond.
Mon repère à cinq mètres apparaît graduellement ; Méfiance, il va voir la lumière du jour… C'est partit, il file vers la fosse et se tant que carrément sur le fond. Puis il remonte puissamment le courant, nous remorquant derrière.
Sa force tranquille m'impressionne.
Phénoménal, ce silure, il tracte plus de 200 kilos sans sourciller !

Il est trop gros, trop lourd, trop fort pour mon montage.
Au moindre coup de tête il va tout casser ou se décrocher !
Je dois impérativement bouleverser l'action naturelle de sa vessie natatoire et ainsi l'épuiser, mais toujours, surtout, ne pas l'affoler.

Il remonte, il revient ; Il tente de passer sous la barque.
Je plonge les ¾ de ma canne dans l'eau pour éviter la casse et je tourne en même temps que lui.

Ça marche mais j'ai quelques sueurs froides.
Puissamment il se dirige vers les arbres morts de la berge.
Il est fondamental de ne pas tirer trop fort, de le brider doucement, lentement.
Olivier remet le moteur en marche et nous dévions sa course graduellement.
Bizarrement, "il nous suit comme un toutou suit son maître".

Après 23 minutes de combat et quelques ruades tranquilles " mon taureau de Camargue " rend les armes, vaincu mais surtout étourdi par les quelques ascenseurs qu'il vient d'effectuer.
Nous le mettons en laisse et retournons à la petite plagette de tout à l'heure, mais cette fois la séance n'est plus aussi simple.
Le silure est long, lourd, adipeux.
Il nous glisse entre les bras et il est impossible de le soulever à deux, tellement il est énorme.
A chaque tentative nous nous enfonçons jusqu'aux cuisses dans le limon boueux.
Il glisse et nous échappe
.

Nous nous octroyons un moment de répit.
Il reprend son souffle… nous aussi.
Avec le portable nous alertons le détaillant d'articles de pêche
de St Gilles et lui donnons les mesures de ce qui peut l'être :
Longueur 2,26 mètres et 116 cm de "tour de poitrine".
Pour le poids nous l'estimons raisonnablement à 85 kilos.

Christian BASTID, recordman de France du silure 1998 et pisciculteur en Camargue, nous confiera plus tard qu'il devait certainement être
plus proche des 90 - 95 kilos
.

Comment faire pour homologuer ma prise extraordinaire car nous ne disposons pas sur place du matériel nécessaire pour une aussi grosse capture "imprévue".
Ce qui est certain, c'est que ce silure, est de toute manière le plus gros poisson de l'année et qu'il doit être très proche du record de France, sinon le record de France
ll y a bien la cale à Pierrot plus en aval, à deux heures de bateau en y allant doucement. Il dispose d'une bascule qui pourrait faire l'affaire, mais le cordage rugueux risque de blesser définitivement mon trophée.
Devons-nous tenter l'aventure et risquer de mutiler notre courageux adversaire ou pire peut-être ?
Avec Olivier nous contemplons une fois encore ce magnifique silure. D'un regard complice... nous sommes évidemment d'accord ! …
Il retournera au Rhône.
Instants inoubliables que ceux que nous vivons, lorsque, avec mille précautions, nous lui rendons sa liberté...

Sereinement, majestueusement, il plonge dans les eaux sombres du fleuv
e.

La récompense de mon orgueil de pêcheur
est dans cette liberté rendue.


Au diable le certificat d'homologation ! …

Un morceau de papier timbré
par un huissier ne vaut pas la mort
d'un si beau poisson !

Après la visualisation des photos ainsi que des mensurations fournies,
ce record de France a été officiellement homologué par la FD du Gard
et par Le Pêcheur de France ainsi que par les revues Pêche Record et Carpe Record

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